Dans deux jours, on en aura un ou, je préfèrerais, une. Le personnage est investi de pouvoirs d'une étendue qui me déplaît. J'avais voté contre cette instauration d'une république monarchique lors du référendum de 1962 mais la majorité des électeurs avait accepté cette modification constitutionnelle. Comme j'étais jeune et de mentalité abrupte, j'avais pensé à une fable de La Fontaine, les grenouilles qui veulent un roi. Vieux et plus souple d'esprit, je ne compare plus mes compatriotes à des grenouilles, mais à des citoyens privés d'une prérogative essentielle. Celle de désigner des représentants assumant le pouvoir souverain. Des députés issus de tous les courants d'opinion, qui légifèrent et prennent, seuls, les décisions qui nous engagent. Or ce n'est qu'une apparence. Le pouvoir réel est dans les mains du dit président, élu par une fraction de l'opinion, qui façonne la politique du pays. Les candidats à la présente élection disent : "Je veux, je ferai". Ils ne parlent même pas du Parlement à qui incombera de faire la Loi. Pire, comme si cette primauté de fait ne suffisait pas, on a établi une antériorité chronologique de l'élection présidentielle sur les législatives. On, c'est Chirac et Jospin. Ça ne rend que plus urgent la présence d'un fort groupe de députés communistes à la prochaine Assemblée. Pour conclure, je rêve à une constitution qui comporterait cette phrase de Clémenceau : "Il y a deux choses inutiles, la prostate et le Président de la République !" Encore que, pour la prostate…
JACQUES FRANCK